Changements climatiques et systèmes agricoles

M. Devlin Kuyek

On définit par système alimentaire l'ensemble des opérations qui permettent de produire, transformer, transporter, vendre et consommer des aliments. Selon les recherches de GRAIN, le système alimentaire actuel serait responsable de près de 50 % des émissions actuelles de gaz à effet de serre (GES), eux-mêmes considérés comme un facteur déterminant du phénomène des changements climatiques.

Dans un contexte où l'on cherche à atténuer les émissions de GES et à diminuer le nombre de personnes souffrant de sous-nutrition (chiffré à environ un milliard de personnes), des changements s'imposent dans la manière de concevoir et de gérer le système alimentaire occidental actuel. Ces modifications sont d'autant plus criantes que les changements climatiques rendront, à terme, la pratique de l'agriculture  et l'accès aux aliments plus difficiles pour les populations déjà aux prises avec des problèmes d'aridité du climat ou de manutrition.  En effet, les estimés prévoient une diminution de la production agricole moyenne mondiale de 16 %  d'ici 2080 (pouvant atteindre 50 % dans certains pays comme le Sénégal) et une augmentation des prix des céréales de base (blé, riz, maïs) de l'ordre de 70 à 100 %. Ainsi, il semble urgent d'agir.

Parmi les multiples solutions envisagées pour résoudre ce problème, GRAIN plaide en faveur d'une plus grande reconnaissance du travail des paysannes et des paysans qui, au Nord comme au Sud, inventent ou perpétuent des pratiques agricoles et des modes de distribution des aliments qui réduisent au minimum les émissions de GES et, ainsi, permettent de conserver l'intégrité biophysique de leur territoire et la biodiversité nécessaire à une production agricole adaptée à la diversité des écosystèmes présents sur la planète. Par exemple, favoriser les pratiques agricoles qui permettent d'augmenter la teneur en matière organique des sols, de diminuer l'utilisation des engrais chimiques et d'augmenter la diversité animale sur les fermes permettrait de réduire significativement les émissions de GES. Au plan politique, donner plus de pouvoir et de crédit aux paysannes et paysans et instaurer des mesures permettant de freiner l'accaparement des terres agricoles par des intérêts étrangers pourrait diminuer l'influence relative des lobbys des compagnies fournissant des intrants ou commercialisant les produits alimentaires qui profitent de la situation actuelle. Le développement de circuits courts de distribution des aliments, des mesures visant à réduire l'emballage et le kilométrage alimentaire sont aussi des initiatives qui ont le potentiel, à court terme, de réduire l'impact négatif du système alimentaire sur les émissions de GES et les changements climatiques.

Les paysannes et paysans peuvent refroidir la planète et être des modèles sur lesquels se baser pour réinventer le système alimentaire actuel, et ainsi réduire les émissions de GES liées à aux activités agroalimentaires. Leur discours devra cependant être entendu, sans quoi ces artisans de la terre resteront les premières victimes d'un système sur lequel ils n'ont plus le contrôle, mais dont dépend non seulement leur survie, mais celle de tous les habitants de la planète.


Conférence organisée en collaboration avec l'IHQEDS et le groupe Développement et Paix.

 

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