Rio+20 : Un bilan mitigé

Des experts et acteurs du développement durable ont présenté le 25 septembre dernier à l'Université Laval, un retour sur la Conférence des Nations Unies pour le développement durable Rio+20, accueillie par le Brésil en juin dernier, ainsi que sur le Sommet des peuples qui s'est tenu en parallèle. C'est dans le cadre d'une table-ronde organisée l'Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société (Institut EDS) et la Chaire en développement international que se sont déroulés ces échanges.

Alors que partout dans le monde les résultats décevants de la conférence ont été déplorés et que la grande mobilisation de la société civile a été soulignée, nos participants ont été invités à partager ce qu'ils ont retenu de cette importante rencontre des Nations Unies pour le développement durable.


Au coeur de la Conférence des Nations Unies pour le développement durable Rio+20

Après avoir rappelé les antécédents historiques en gouvernance environnementale internationale, Philippe Le Prestre, professeur de science politique à l'Université Laval, a dressé un portrait balancé de l'évènement. Ainsi, bien qu'il y ait eu peu d'engagements précis de la part des États membres et que toutes les actions potentielles semblent être remises à plus tard, il n'y a pas eu selon lui de recul, ce qui est un exploit en soi. Il note aussi que malgré le temps limité consacré à la préparation du Sommet, ainsi qu'un agenda et des objectifs restreints, une rencontre d'une telle ampleur a permis d'imposer des discussions tant au niveau national qu'international. Dans le contexte de crise économique et financière actuel qui freine l'élan de plusieurs États en matière d'engagements contraignants, cet atout s'avère non négligeable.

Pendant le Sommet, les États membres de l'ONU ont adopté le document final de Rio+20, « L'avenir que nous voulons ». Bien que rédigé avant le début de la rencontre, ce texte intègre la majorité des thèmes et des demandes des multiples acteurs, même s'il semble n'être composé que de belles intentions, selon Thierry Lefèvre, coordonnateur de Chimistes pour l'environnement à l'Université Laval. Selon M. Le Prestre, il ne faut pas se formaliser du fait que les textes finaux aient été complétés en amont de la rencontre. Il s'agit en effet d'une pratique courante dans les rencontres internationales qui servent parfois davantage à mettre la table pour les prochaines rondes de négociations.

« Le Sommet représente une étape dans la longue marche vers le développement durable », a souligné Christiane Gagnon, professeur en développement régional à l'Université du Québec à Chicoutimi. Ayant principalement participé aux activités liées aux actions des villes et municipalités de la planète, elle a dénoté l'absence de villes québécoises et de visibilité officielle de la province du Québec dans le cadre de l'évènement. Or, a-t-elle soutenu, elles ont certainement une place à prendre dans ces discussions.


Une société civile qui se mobilise

La société civile et les mouvements sociaux ont aussi occupé une grande place dans le cadre de Rio+20, mais principalement en parallèle de la rencontre officielle. En effet, plus de 2500 évènements ont été dénombrés dans divers secteurs de Rio et parfois à plus d'une quarantaine de kilomètres des réunions diplomatiques.

Le Sommet des peuples a été fort utile comme instrument de mobilisation et de partage d'information. Toutefois, la multiplicité des acteurs présents et des thématiques abordées pouvait devenir étourdissante, la rencontre pouvait sembler désorganisée et la ligne directrice, absente, a souligné Marie-Ève Morisset, citoyenne québécoise qui était sur place. 

En marge de la Conférence, le gouvernement brésilien a aussi initié un processus innovant, soit les « Dialogues pour le développement durable ». Dans ce cadre, la population mondiale était invitée à présenter des propositions en ligne et à voter par la suite pour identifier ses principales préoccupations. Ces dernières ont été ensuite transmises aux chefs d'États. Les résultats de cette plateforme de discussion demeurent toutefois mitigés selon Coralie Lamaire Chad, membre étudiante de l'Institut EDS qui était sur place et qui se questionne sur l'apport effectif de ces recommandations dans les décisions finales. Malgré tout, il s'agissait d'une première expérience et les participants se sont réjouis du fait que le droit à l'eau soit présent dans le document final tel qu'ils le souhaitaient.

Par ailleurs, l'organisation non gouvernementale WE CANada a rassemblé 80 bénévoles pour représenter les idées de la société civile canadienne lors de l'évènement. Il s'agissait principalement d'une démarche pour mettre de la pression sur le gouvernement canadien et transmettre des idées aux Nations Unies pour la première version du document final, a expliqué Floris Ensink, représentant du groupe.


Les suites de Rio+20

Sur le plan diplomatique, les suites de la rencontre sont maintenant entre les mains de l'Assemblée générale des Nations Unies, a expliqué M. Le Prestre. Est-ce que le Programme des Nations Unies pour l'environnement sera renforcé ? Un groupe de travail éventuellement réuni ? Reste à voir, d'autant plus que le développement du principe d'économie verte dépend grandement d'avancées dans divers domaines.

Quant aux actions de la société civile, les prochaines étapes seront surtout d'informer et sensibiliser la population. WE CANada, par exemple, se penche maintenant sur l'analyse du document final pour identifier les manières d'aller plus loin avec le gouvernement et les dirigeants. Des initiatives prennent aussi place, tel que le Réseau scientifique pour trouver des solutions qui rendront le monde viable. Les Nations Unies ont en effet lancé ce projet à la suite du Sommet de la Terre Rio+20 afin de fournir des solutions à long terme aux États. 


Activité organisée par l'Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société (Institut EDS), en collaboration avec la Chaire en développement international.

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