Comment penser les changements en cours du monde?

Le mercredi 18 septembre, à 15h30, la Chaire en développement international a eu le plaisir de recevoir Jean-Louis Roy pour souligner la reprise de ses activités 2013-2014. 

Pour voir ou revoir la conférence >>

Monsieur Roy  a été directeur du Devoir de 1981 à 1986, délégué Général du Québec à Paris de 1986 à 1990 puis secrétaire général de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie de 1990 à 1998. Il a également été Président de Droits et Démocratie de 2002 à 2007. ll préside actuellement le Think Tank Partenariat International, et dirige l'Observatoire mondial des droits de l'homme (UPR Watch). Il est également le premier président du conseil d'administration du Centre de la francophonie des Amériques.

À l'occasion de la rentrée de la Chaire, Monsieur Roy est intervenu sur les grands changements en cours du monde. Retour en quelques points sur une conférence riche d'enseignements...

Lieux de pouvoir

C'est en nous racontant l'histoire de Kanga Moussa, prince du Mali qui gouverna le pays au 14e siècle, que M. Roy a commencé son intervention. Reconnu à travers toute l'Afrique du Nord pour son pèlerinage vers La Mecque, Kanga Moussa créa l'Université de Tombouctou qui fut, jusqu'à la fin du 16e siècle, l'une des grandes universités du monde. Monsieur Roy fit remarquer que les hauts lieux de pouvoir économique, philosophique ou scientifique, comme le furent Le Caire ou Tombouctou, sont extrêmement muables. Le savoir scientifique et culturel, de même que l'idée de gouvernance, ne constituent pas l'apanage d'un lieu ou d'une ère. L'histoire est longue, même si nous sommes appelés à vivre dans un temps de plus en plus immédiat.

Production de la richesse

Certains grands changements, tels que l'implosion du monde soviétique, la prise de pouvoir de Mao Tsé Toung ou la décolonisation des États continuent de nous affecter. Parmi eux, la montée du libéralisme et ses conséquences, car bien que le développement de la démocratie a été mis de l'avant, c'est en fait l'idéologie du commerce libéral qui s'est véritablement répandue. Le monde est pensé comme un immense marché où les institutions et les entreprises peuvent être délocalisées. Dans le même temps, la capacité de produire de la richesse a aussi été déplacée et partagée. Or l'Occident, qui voyait depuis quatre siècles le monde comme son extension ou son propre marché, sera bientôt détrôné comme première économie mondiale.

Révolution numérique

M. Roy ne pouvait également passer sous silence la révolution numérique. Alors qu'en 1990 il n'y avait que 200 millions d'internautes dans le monde et que les technologies étaient réservées aux pays riches, plus de 3 milliards 600 millions de personnes ont aujourd'hui accès à Internet. Tous les mois, "deux Belgique" s'ajoutent à l'humanité numérique. Ce nouveau territoire, enjeu de plusieurs milliards de dollars, sera sans doute l'hôte d'un prochain grand conflit.

Conflits à venir

Enfin, Jean-Louis Roy a rappelé que parmi tous les changements à venir, ceux liés à la démographie seront cruciaux. Dans 20 ans, 80 % de la population mondiale vivra en Afrique ou en Asie, dont une importante frange sera alors solvable. Le Marché du monde ne sera plus en Occident, mais bien parmi cette nouvelle population de 1,7 milliards de citoyens solvables. La zone euro méditerranéenne sera bientôt confrontée aux déplacements de la jeunesse africaine. Quoiqu'on puisse s'attendre à ce qu'une partie de l'Afrique réussisse à compléter son développement économique, certaines régions se retrouveront forcément en difficulté, avec une proportion importance de jeunes Africains sans emploi.

Gouvernance mondiale

Enfin, ces changements mèneront certainement à un transfert de la gouvernance actuelle dans le monde. Les institutions créées dans les années quarante, alors que la richesse était à l'ouest et qu'il n'y avait que 56 pays membres de l'Organisation des Nations Unies, ne pourront sans doute pas perdurer. Jean-Louis Roy concluait sa présentation en mentionnant que le monde n'est plus ni bipolaire ni unipolaire. Le monde semble en fait apolaire : il n'y a plus de balise et les prochains pôles ou leaders se laissent attendre. Dans la période de question, il se référa aux propos d'Hubert Védrine: «Ce que je constate, c'est que nous ne pouvons plus rien imposer au monde et qu'il ne peut pas encore nous en imposer».

Période de questions

Questionné sur la francophonie dans le monde, M. Roy a rappelé que l'avenir de la francophonie passerait par l'Afrique. En 2015, il pourrait y avoir 500 millions de francophones si les Africains de l'Ouest demeurent au sein de la francophonie. S'ils choisissent de suivre une autre voie, il est possible qu'il ne reste que 100 à 150 millions de francophones dans le monde. La langue française pourrait, éventuellement, être appelée à disparaitre. Considérant la population québécoise vieillissante et la diminution de la jeunesse francophone, il pourrait être pertinent et même vital de revoir les limitations imposées à l'immigration québécoise.  La Chaire en développement international tient à remercier chaleureusement ses partenaires de l'événement, le Cercle québécois des affaires internationales, l'Institut québécois des hautes études internationales, et le Centre de la Francophonie des Amériques.

La Chaire en développement international tient à remercier chaleureusement ses partenaires de l'événement, le Cercle québécois des affaires internationales, l'Institut québécois des hautes études internationales, et le Centre de la Francophonie des Amériques.